mercredi 3 novembre 2010

N'ajustez pas votre intervieweur

Bruno Blanchet
Pourquoi faire ordinaire quand on peut faire Bruno? Pour souligner la sortie demain du troisième tome du recueil de chroniques La frousse autour du mondeLa Presse a demandé à son collaborateur aux Arts Bruno Blanchet d'interviewer le chroniqueur voyage Bruno Blanchet - qui a déjà vendu 25000 exemplaires de chacun de ses deux premiers tomes! Rencontre étonnante entre lui et lui-même, auto-entrevue 100 % BB.
Q : Bruno Blanchet: Bruno, qu'est-ce qui vous fait le plus tripper?
Bruno Blanchet: Pour m'éclater, l'écriture est de loin l'activité que je préfère. Mieux encore qu'un voyage psychédélique avec un shaman dans la forêt amazonienne ou que de descendre le mont Fuji en patins à roulettes. Quoique, le sexe en avion...
Q : Euh, oui... et comment va-t-il, notre baroudeur de Rosemont?
R : Ça va mal! Il y a deux semaines, au Guatemala, je survolais le lac Atitlan en parapente... Ha! Méchant buzz! Maintenant, je suis à Bogota, en attendant le prochain tournage de l'émission de télé Partir autrement, prévu en Martinique. Et honnêtement, je suis un peu épuisé... C'est peut-être parce que je traîne une espèce de «tourista» depuis six ans! (rires) Ce sont les risques du métier... Le dernier bloc de tournage a été difficile, avec des tas d'imprévus, de la pluie à boire debout et des glissements de terrain. Et, alors que je croyais pouvoir me reposer en Colombie pendant deux semaines, hier, surprise, j'ai réalisé que mon visa colombien était au bord de l'expiration. Faut encore partir?!? *% F%$£@! J'ai donc jeté un coup d'oeil à la mappemonde, et j'ai opté pour les îles Galapagos. Un bien pour un mal? Contrairement à ce que je croyais, c'est plutôt bon marché. Je me suis trouvé une chambre pour 20 $, petit-déjeuner inclus. Mais je n'ai aucune idée de ce que je m'en vais y faire...
Q : Pas une minute de répit, alors, M. Bruno?
R : Si! Mais pas sur une plage à bronzer: c'est vraiment dans la création que je trouve les moments de détente les plus satisfaisants... En les écrivant, je revis mes aventures et je m'amuse à les ausculter, à les virer à l'envers et à les secouer; puis je les recompose, tout en essayant de me surprendre moi-même, autant dans la forme et dans le récit. J'aime bien, par exemple, insister sur des détails insignifiants et les magnifier à l'extrême, jusqu'à ce qu'ils deviennent plus graves que le thème abordé dans la chronique. En ce sens, je crois que le résultat de mon travail est plus près de la bédé ou de la caricature que de la photographie. Quelque part entre Gotlib et le Capitaine Bonhomme.
Q : Tu utilises souvent les mots surprendre et surprise.
R : Bien joué, Sherlock! Je suis démasqué! En effet, la surprise, c'est le moteur de ma création. Et la meilleure façon que j'ai trouvée de me surprendre, et de surprendre les lecteurs, est de ne rien planifier à l'avance. Quand je m'assois pour écrire, je n'ai surtout pas de plan. Faut que je me laisse mener par l'inspiration, sinon j'aurais l'impression de suivre une recette... Même chose dans la vie: avant-hier, j'ignorais qu'après-demain, j'irais aux îles Galapagos! En fait, je l'ai appris en même temps que l'agente de voyages. Bref, je peux difficilement concevoir qu'une belle journée soit sans surprise. Un jour sans surprise, c'est un jour raté. C'est un jour mort.
Q : Parlons-en de la mort: tu as commencé à l'évoquer, récemment, dans tes chroniques. Y a-t-il une raison?
R : Je vieillis. Au cours des dernières années, j'ai eu deux malaises cardiaques assez troublants pour me faire réfléchir à la possibilité de ne plus exister, d'un coup, comme ça, sans avertissement. Mourir est devenu une certitude. Et préparer ma mort est devenu une obligation. Ma nouvelle devise? Tout à fond.
Q : Comment souhaiterais-tu mourir?
R : Quelle horrible question (rires)! Et ma réponse pourra te sembler cruelle, mais je souhaite vraiment périr des suites d'une longue maladie. Je ne veux surtout pas mourir subitement. La mort, je veux la voir venir. Et je veux avoir le temps d'y goûter, comme l'écrivait Vian...
Q : Rêve-t-il parfois d'une autre vie, Bruno Blanchet, le globe-trotter?
R : Non. Je crois que la vie de rêve, c'est la vie qu'on a choisie. Celle que l'on vit. Là, maintenant. Le futur n'existe pas. Et en ce sens, les rêves sont pour les somnambules.
Q : Des regrets?
R : Mon principal défaut est d'être têtu et ma principale qualité est d'être têtu... Ce qui fait que j'ai tendance à défoncer des portes ouvertes et à ne pas savoir m'arrêter. À ne pas vouloir m'arrêter. Ça donne des résultats étonnants, parfois. Mais souvent, je me casse la gueule! Et ce que j'apprécie le plus chez mes amis, c'est de savoir me pardonner, quand j'exagère. Combien de fois ai-je entendu: «Hier, Bruno, au party, tu t'es accroché au lustre du salon en faisant Tarzan, t'as embrassé ma tante Jennifer et t'as lancé un flamant rose en plastique du deuxième étage...»
Q : J'y étais à ce party! C'était à Vancouver!
R : (Rires) Et on s'était fait poursuivre par des skinheads en sortant. Tu te souviens?
Q : C'est sûr. Tu leur avais tiré une roche!
R : Non. C'est toi qui leur avais crié des noms.
Q : On s'en reparlera, O.K.? Revenons à l'entrevue: bien que tu sois un peu fou et brouillon, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de précis dans ton travail d'écriture. Parce que tu es sérieux, au fond.
R : Encore une fois, démasqué! Véritablement, quand je travaille, je travaille fort. Je peux effectivement m'entêter à écrire la même phrase de 25 façons différentes, avant de finalement la jeter. J'aime dire que je suis un «imperfectionniste». Parce que je ne veux ressembler à personne. Je veux pouvoir lire mes chroniques et dire: «Ça, c'est moi.» Avec mes défauts, mes bons coups, mes erreurs et mes qualités. Sinon, créer, ça sert à quoi, dis-moi?
Q : À rien.
R : Exact! Et il y a justement, dans le troisième tome de La frousse, une chronique que j'ai dû réécrire au moins 100 fois. Pourquoi? Parce que je sais qu'elle est importante, mais je ne la comprends toujours pas (rires)! Alors, j'ai essayé quelque chose de nouveau: je l'ai réécrite une 101e fois, et je l'ai lue à la caméra. En direct, dans une chambre d'hôtel, au Mali. Une seule prise de vue. Et c'est dans le tome 3! En «expérience vidéo plus que réelle», un gadget incroyable (ndlr: en ligne à partir du 11 novembre à http://www.lafrousse.ca/).
Q : Qu'y a-t-il d'autre, dans le livre?
R : La traversée de l'Ouganda et de la Tanzanie à vélo, la frousse de ma vie sur un boutre dans le détroit du Mozambique, ma rencontre avec le personnage de Big Pete à Madagascar, ma plus belle veillée du jour de l'an à Soweto, l'arrivée de mon fils en Thaïlande, et plein d'illustrations incroyables. Et beaucoup d'ajouts de détails et de précisions, si bien que ceux qui auront déjà lu les chroniques dans La Presse pourront y trouver leur compte aussi, je le souhaite sincèrement.
>>>Vivez une expérience plus que réelle en consultant les suppléments web